
La raison est simple : le bureau du directeur financier (F&I) est souvent le centre de profit le plus rentable du concessionnaire, bien plus que la vente de la voiture elle-même.
- Le profit ne vient pas seulement des « extras », mais surtout de la marge prise sur le taux d’intérêt que la banque vous accorde via le concessionnaire.
- Les offres à 0% vous font souvent renoncer à un rabais comptant substantiel, ce qui signifie que vous payez l’intérêt « caché » dans le prix plus élevé du véhicule.
Recommandation : Arrivez toujours avec une préapprobation de votre propre banque. Cela vous donne un levier de négociation et une base de comparaison solide pour déceler la meilleure offre réelle, et non la meilleure offre en apparence.
Vous y êtes. La poignée de main a été échangée, le prix du véhicule est fixé. Vous pensiez avoir fini, mais la vraie négociation commence maintenant : vous entrez dans le petit bureau du directeur financier, ou « F&I » (Finance & Insurance) comme on dit dans le métier. L’ambiance change. Le ton devient plus sérieux. Soudain, on vous parle de taux, d’antirouille, de garanties prolongées et de paiements « aux deux semaines pour que ça paraisse moins ». Vous sentez la pression monter et vous vous demandez : pourquoi insiste-t-il autant ?
J’ai passé plus de dix ans de l’autre côté de ce bureau en acajou. Laissez-moi vous confier un secret que l’industrie garde précieusement : ce bureau n’est pas un simple service pour vous faciliter la vie. C’est une machine à profit. Comprendre sa mécanique n’est pas seulement une défense, c’est votre meilleur outil pour reprendre le contrôle de la transaction. Beaucoup d’articles vous diront de « magasiner votre taux » ou de « refuser les extras ». C’est un bon début, mais c’est insuffisant. Ces conseils ne vous expliquent pas le *pourquoi* du comment.
Cet article va vous ouvrir les portes des coulisses. Je ne vais pas vous dire de tout refuser en bloc. Je vais vous expliquer la logique financière derrière chaque produit qu’on vous propose, de la marge cachée sur le taux d’intérêt à la véritable rentabilité d’un traitement de tissu. Vous apprendrez pourquoi le concessionnaire peut vous approuver un samedi soir, comment sont structurés les dossiers difficiles, et ce que cache réellement une offre à 0%. Mon but est simple : faire de vous un acheteur averti qui ne subit plus la conversation, mais la maîtrise. Vous ne négocierez plus contre un vendeur, mais avec une compréhension complète de ses objectifs, ce qui vous permettra de faire un choix réellement éclairé pour *vos* finances.
Pour naviguer cet univers complexe, nous allons décortiquer, étape par étape, les questions que vous vous posez (ou devriez vous poser) une fois assis dans ce fameux bureau. Ce guide vous donnera les clés pour comprendre chaque aspect du processus de financement en concession.
Sommaire : Les coulisses du financement automobile en concession
- Faut-il prendre le rabais de 3000 $ ou le taux à 2.99% du fabricant ?
- Comment refuser poliment mais fermement l’antirouille et le traitement tissu à 15 $ par mois ?
- Pourquoi le concessionnaire peut vous approuver le samedi soir quand les banques sont fermées ?
- L’erreur de signer sur la tablette électronique sans voir le taux d’intérêt final
- Comment les concessionnaires spécialisés structurent-ils les dossiers difficiles pour qu’ils passent ?
- Pourquoi votre banque offre parfois un taux plus élevé que le concessionnaire (et quand c’est l’inverse) ?
- Combien de temps (90 ou 120 jours) pouvez-vous garantir un taux avant d’acheter ?
- Le taux à 0% existe-t-il vraiment ou le payez-vous dans le prix de la voiture ?
Faut-il prendre le rabais de 3000 $ ou le taux à 2.99% du fabricant ?
C’est le dilemme classique, le premier grand test dans le bureau du F&I. La réponse n’est jamais « l’un est toujours meilleur que l’autre ». La bonne décision est purement mathématique et dépend d’un troisième facteur crucial : le taux que votre propre institution financière peut vous offrir. Le secret ici est de comprendre que ces deux offres sont exclusives. En choisissant le taux promotionnel du fabricant, vous renoncez au rabais comptant, et vice-versa. Le travail du F&I est de vous présenter l’option qui semble la plus simple, souvent le taux bas, car elle maintient le montant financé plus élevé.
Votre seule arme est une calculatrice. Vous devez comparer deux scénarios : prendre le taux promotionnel du fabricant sur le plein prix, ou prendre le rabais, soustraire ce montant du prix de vente, et financer le solde avec un prêt préapprouvé de votre banque. C’est souvent là que l’offre du rabais devient gagnante, surtout si votre banque vous offre un taux compétitif. Attention aussi à la durée du financement. Un terme plus long réduit les paiements mensuels mais peut faire exploser le coût total du crédit. Au Québec, un prêt de 37 999 $ sur 72 mois à 6% peut générer 7 300 $ de frais de crédit, annulant rapidement les bénéfices d’un petit rabais initial.
L’analyse comparative suivante illustre comment un rabais, même avec un taux bancaire standard, peut s’avérer plus économique qu’un taux promotionnel du fabricant.
| Option de financement | Montant financé | Taux d’intérêt | Durée | Paiement mensuel | Coût total | Économie |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Rabais de 3000$ + financement bancaire à 5% | 37 000$ | 5% | 60 mois | 699$ | 41 940$ | 1 060$ |
| Taux promotionnel fabricant à 2.99% | 40 000$ | 2.99% | 60 mois | 719$ | 43 140$ | – |
| Financement 0% (si disponible) | 40 000$ | 0% | 60 mois | 667$ | 40 000$ | 3 140$ |
La clé est de faire ses devoirs avant d’entrer dans le bureau. Avoir une préapprobation en poche vous donne non seulement une base de comparaison solide, mais aussi un pouvoir de négociation immense. Vous n’êtes plus captif de l’offre du concessionnaire.
Ce calcul simple vous sort de l’émotion et vous ramène aux faits. C’est la première étape pour transformer une vente sous pression en une transaction financière avisée.
Comment refuser poliment mais fermement l’antirouille et le traitement tissu à 15 $ par mois ?
Après le financement, vient la présentation des « produits ». Antirouille, traitement de tissu, protection de peinture, marquage antivol, garantie prolongée… La liste est longue. Le secret : c’est ici que se trouve la marge de profit la plus spectaculaire pour le concessionnaire. Ces produits, présentés comme une protection essentielle pour votre investissement, sont surtout une protection pour la rentabilité du F&I. Le prix est souvent dilué en petits montants mensuels (« pour seulement 15$ de plus par mois… »), une technique qui masque un coût total exorbitant sur la durée du prêt.

La stratégie pour refuser est simple et en deux temps. D’abord, la politesse : « Je vous remercie pour l’offre, mais je préfère m’en tenir au véhicule seulement pour le moment. » S’il insiste (et il insistera), c’est le moment d’être ferme en s’appuyant sur vos droits. L’Office de la protection du consommateur du Québec est très clair à ce sujet, comme le rappelle cette déclaration officielle :
Le consommateur n’est jamais tenu d’acheter une garantie supplémentaire ou un plan d’entretien. La loi prévoit que la vente d’un véhicule routier ne peut pas être conditionnelle à l’achat d’un autre bien ou service.
– Office de la protection du consommateur, Avis officiel sur le financement automobile 2025
Vous pouvez simplement dire : « J’apprécie, mais je ne suis pas intéressé par les produits ajoutés. Je souhaite finaliser l’achat du véhicule tel quel. » Il n’y a pas besoin de justification. Un « non » ferme et poli suffit. Rappelez-vous que les garanties légales québécoises couvrent déjà de nombreux aspects, y compris la corrosion prématurée.
Étude de cas : L’économie réelle sur les traitements antirouille
Une analyse de Protégez-vous démontre qu’un traitement antirouille vendu 15 $ par mois sur 84 mois représente 1 260 $, sans compter les intérêts sur ce montant. Le même service, de qualité souvent supérieure, chez un spécialiste indépendant coûte entre 400 $ et 600 $. L’économie est donc de plus de 50%, sans financer ce service à un taux d’intérêt automobile.
Refuser ces extras n’est pas être « cheap », c’est être un consommateur averti qui sait où se trouvent les vraies marges et qui choisit de dépenser son argent intelligemment.
Pourquoi le concessionnaire peut vous approuver le samedi soir quand les banques sont fermées ?
C’est un des « tours de magie » les plus impressionnants du F&I. Vous êtes là, un samedi à 19h, les banques sont fermées depuis longtemps, et pourtant, en quelques minutes, il revient avec un sourire : « Bonne nouvelle, vous êtes approuvé ! ». Le secret n’est pas un contact privilégié à la banque, mais la technologie. Les concessionnaires n’appellent pas un banquier ; ils utilisent des plateformes électroniques comme Dealertrack ou RouteOne. Ces portails sont des autoroutes numériques qui connectent le concessionnaire à des dizaines d’institutions financières simultanément (les grandes banques, leurs divisions de financement auto, des caisses, et même des prêteurs spécialisés).
Quand le F&I entre vos informations, votre demande est soumise en temps réel à tous ces prêteurs. Le système est automatisé : des algorithmes analysent votre dossier de crédit et votre demande en quelques secondes. Les réponses (approbation, refus, ou demande d’informations supplémentaires) reviennent quasi instantanément. C’est pour cela qu’ils peuvent vous donner une réponse en moins de 20 minutes dans la majorité des cas. Le F&I voit alors une liste d’offres de différentes banques, chacune avec un « taux d’achat ». Il choisira ensuite l’offre qu’il vous présentera, souvent en y ajoutant sa marge.
Ce système est un avantage de commodité indéniable. Il est rapide et efficace. Cependant, il y a un revers : l’approbation est souvent « conditionnelle ». Le taux et les conditions peuvent changer une fois que le dossier est vérifié manuellement par un analyste de la banque le lundi matin. De plus, cette rapidité sert aussi à maintenir l’élan de l’achat. En vous donnant une approbation immédiate, le concessionnaire « verrouille » la vente et vous empêche de prendre le week-end pour magasiner votre taux ailleurs.
Cette approbation rapide n’est donc pas de la magie, mais une technologie puissante qui sert avant tout l’efficacité du processus de vente du concessionnaire. Votre meilleure défense reste une préapprobation de votre côté, obtenue au calme, avant même de magasiner.
L’erreur de signer sur la tablette électronique sans voir le taux d’intérêt final
La signature sur une tablette est devenue la norme. C’est rapide, moderne et écologique. Mais c’est aussi un moment où votre vigilance doit être à son maximum. L’erreur la plus commune est de signer à la hâte, sur la foi de la discussion que vous venez d’avoir, sans vérifier scrupuleusement les chiffres qui s’affichent à l’écran. Le F&I peut faire défiler les pages rapidement, pointant du doigt l’endroit où signer. Votre travail est de ralentir le processus et de jouer le rôle de l’inspecteur.
Légalement, la signature électronique est tout à fait valide. Une décision de la Cour du Québec sur les signatures électroniques confirme qu’un contrat reproduit sur un support technologique est valide si son intégrité est garantie. Le problème n’est pas la validité, mais le contenu. Ce que vous signez est le contrat final, et non une estimation. Les phrases comme « on va être autour de 5.9% » n’ont aucune valeur. Seul le chiffre inscrit sur le contrat compte.
Avant que votre stylet ne touche l’écran, vous devez exiger de voir, de manière claire et sans ambiguïté, plusieurs informations capitales. Ne vous contentez pas du paiement mensuel. Demandez à voir la page où figurent le taux d’intérêt annuel final (et non un taux « effectif » ou « estimé »), le coût total du crédit (le montant en dollars que vous paierez en intérêts sur toute la durée), et le montant total de votre obligation (capital + tous les intérêts). Assurez-vous aussi que chaque produit additionnel que vous auriez (malgré tout) accepté est listé avec son propre coût, et n’est pas simplement fondu dans le prix du véhicule.
Votre checklist avant la signature électronique
- Exigez le taux de crédit annuel (TCA) final : Ne vous contentez jamais d’une estimation verbale. Il doit être clairement écrit.
- Vérifiez le coût total du crédit en dollars : C’est le montant réel des intérêts que vous paierez.
- Validez l’obligation totale : C’est la somme de tout ce que vous rembourserez (prix du véhicule + taxes + intérêts + extras).
- Repérez chaque produit financé : Toute garantie, traitement ou assurance doit être listé séparément avec son prix.
- Demandez une copie immédiate : Exigez de recevoir une copie du contrat par courriel avant même de quitter le bureau.
Si vous avez le moindre doute, ou si le F&I semble pressé, arrêtez tout. Prenez une photo de l’écran avec votre téléphone si nécessaire. C’est votre droit et votre meilleure protection.
Comment les concessionnaires spécialisés structurent-ils les dossiers difficiles pour qu’ils passent ?
Si votre crédit est moins que parfait (ce qu’on appelle la « 2e » ou « 3e chance au crédit »), le F&I devient encore plus central. Ici, son rôle n’est plus seulement de vendre des produits, mais de devenir un véritable architecte financier. Le secret n’est pas de « tromper » la banque, mais de « structurer » le dossier pour le rendre acceptable aux yeux des prêteurs spécialisés. Ces derniers sont plus flexibles que les banques traditionnelles, mais exigent une présentation qui minimise leurs risques.

La structuration d’un dossier difficile passe par plusieurs leviers. Premièrement, le F&I va demander un acompte (mise de fonds) plus important. Un acompte de 20% ou plus réduit considérablement le ratio prêt/valeur (RPV), ce qui rassure immédiatement le prêteur. Deuxièmement, il peut jouer sur le choix du véhicule. Il vous orientera vers un modèle qui a une bonne valeur de revente ou qui est moins cher, afin que le montant financé reste raisonnable par rapport à vos revenus.
Troisièmement, il va construire un argumentaire. Au lieu de simplement soumettre un pointage de crédit bas, un bon spécialiste du financement alternatif va joindre une note explicative au dossier pour « humaniser » la demande. Il expliquera les circonstances qui ont mené aux difficultés financières (perte d’emploi, maladie, divorce), en démontrant que la situation est maintenant stabilisée (nouvel emploi, revenus réguliers). C’est un véritable travail de courtage. Des entreprises québécoises spécialisées dans ce domaine, comme CAS Financement, mettent en avant cette approche personnalisée pour obtenir des approbations là où les systèmes automatisés échouent. Ces courtiers ont accès à un réseau de prêteurs alternatifs et savent exactement comment présenter un dossier pour qu’il coche les bonnes cases, ce qui explique pourquoi certains affichent des taux d’approbation très élevés, parfois jusqu’à 99% pour les dossiers qu’ils acceptent de monter.
Dans ce contexte, le F&I peut réellement vous aider à obtenir un véhicule. Cependant, cette expertise a un coût : les taux d’intérêt en 2e et 3e chance sont significativement plus élevés. L’objectif est alors d’accepter ce taux pour rebâtir son crédit, puis de refinancer le prêt à un meilleur taux un ou deux ans plus tard.
Pourquoi votre banque offre parfois un taux plus élevé que le concessionnaire (et quand c’est l’inverse) ?
C’est l’une des plus grandes confusions pour les acheteurs. Vous avez une excellente relation avec votre caisse ou votre banque, un dossier de crédit impeccable, et pourtant, le concessionnaire vous propose un taux à 2.99% alors que votre conseiller vous offre 6.5%. Inversement, sur une voiture d’occasion, le concessionnaire annonce 8.99% et votre banque 7.2%. Comment est-ce possible ? Le secret réside dans deux concepts : la subvention du fabricant et la marge du concessionnaire.
Sur un véhicule neuf, les taux très bas (0%, 1.99%, 2.99%) sont des offres promotionnelles. Ce n’est pas la banque qui est généreuse, c’est le fabricant automobile (Toyota, Ford, Honda…) qui « subventionne » le taux pour stimuler les ventes. Il paie une partie de l’intérêt à la banque pour que le taux final offert au client soit très bas. Votre banque ne bénéficie pas de cette subvention, elle vous offre donc son taux standard du marché. C’est pourquoi, sur un véhicule neuf, le taux du concessionnaire est presque toujours imbattable.
Sur un véhicule d’occasion, la situation s’inverse. Il n’y a pas de subvention du fabricant. Ici, le F&I agit comme un courtier. Voici le mécanisme exact, comme le résume CAA-Québec :
Le concessionnaire obtient un ‘taux d’achat’ de la banque et le ‘vend’ au client avec une marge. Votre institution financière vous donne directement son taux, sans cet intermédiaire.
– CAA-Québec, Guide du financement automobile
Concrètement, la banque peut approuver votre prêt à 6.5% (le taux d’achat). Le F&I a alors le droit de vous le proposer jusqu’à 8.5% (le taux de vente). La différence (2%) est partagée entre la banque et le concessionnaire. C’est une commission directe, la « réserve ». Votre banque, elle, vous offrira directement son taux, disons 7.2%, qui sera donc plus compétitif.
Ce tableau résume la situation pour vous aider à y voir clair.
| Type de financement | Véhicule neuf | Véhicule d’occasion | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|---|
| Banque/Caisse populaire | 5-8% | 6-9% | Taux direct sans marge, relation client existante | Moins compétitif sur le neuf |
| Concessionnaire (taux subventionné) | 0-3.99% | N/A | Taux imbattable sur le neuf, approbation rapide | Souvent lié à la perte du rabais comptant |
| Concessionnaire (taux standard) | N/A | 7-10% | Commodité | Marge cachée possible, taux élevé sur l’occasion |
La règle d’or est donc simple : pour un véhicule neuf, le financement du concessionnaire est souvent le meilleur choix (après avoir comparé avec le rabais comptant). Pour un véhicule d’occasion, votre institution financière sera presque toujours votre meilleure alliée.
Combien de temps (90 ou 120 jours) pouvez-vous garantir un taux avant d’acheter ?
Dans le contexte actuel de délais de livraison qui s’allongent, la question de la garantie du taux est devenue primordiale. Signer aujourd’hui pour une voiture qui arrivera dans six mois, c’est s’exposer à la volatilité des taux d’intérêt. Le secret ici est de bien faire la différence entre une préapprobation bancaire et une approbation de financement par le concessionnaire. Leurs modalités et leur flexibilité sont très différentes.
Une préapprobation obtenue auprès de votre banque ou caisse est un engagement de leur part à vous prêter un certain montant à un taux fixe pour une période donnée. Cette période de « verrouillage » du taux varie généralement entre 30 et 90 jours. L’avantage majeur est sa flexibilité : cette préapprobation est valable pour l’achat de n’importe quel véhicule (correspondant aux critères) chez n’importe quel vendeur. C’est votre « chèque en blanc » personnel, qui vous donne un pouvoir de négociation et une sécurité.
L’approbation du concessionnaire, même si elle est basée sur une offre d’une grande banque, est beaucoup plus rigide. Elle est liée à un véhicule spécifique (par son numéro de série) et à une transaction précise. Le taux promotionnel (ex: 2.99%) est celui en vigueur *au moment de la signature du contrat final*, c’est-à-dire à la livraison du véhicule, et non au moment de la commande. Si les taux montent pendant les six mois d’attente, c’est le nouveau taux, plus élevé, qui s’appliquera, sauf si une clause contraire est négociée.
Étude de cas : L’impact des délais de livraison sur les taux au Québec
Avec les délais de livraison qui s’allongent, de nombreux acheteurs québécois ont eu la mauvaise surprise de voir leur taux de financement augmenter entre la commande et la livraison. Des concessionnaires, comme le mentionne une analyse du Garage Tardif pour les véhicules neufs, recommandent de négocier activement une clause de maintien du taux promotionnel dans le contrat de commande initial. C’est une protection essentielle qui n’est pas offerte par défaut et qui doit être demandée explicitement par l’acheteur.
La stratégie la plus sûre est donc double : négociez une clause de protection du taux avec le concessionnaire, et renouvelez votre préapprobation bancaire à l’approche de la date de livraison pour toujours avoir une option de repli et la meilleure offre disponible.
Les points essentiels à retenir
- Le bureau du F&I est un centre de profit : Sa rentabilité repose sur les produits dérivés (garanties, assurances) et la marge sur les taux d’intérêt, souvent plus que sur la voiture elle-même.
- Neuf vs Occasion : Les taux promotionnels sur les véhicules neufs sont subventionnés par le fabricant, tandis que les taux sur l’occasion incluent une marge pour le concessionnaire. Votre banque est compétitive sur l’occasion, le concessionnaire sur le neuf.
- La connaissance est votre levier : Arriver avec une préapprobation de votre banque vous donne une base de comparaison et un pouvoir de négociation immense. Ne subissez pas la conversation, guidez-la.
Le taux à 0% existe-t-il vraiment ou le payez-vous dans le prix de la voiture ?
Le taux à 0% est l’arme marketing ultime. L’idée de financer une voiture sans payer un sou d’intérêt est incroyablement séduisante. Mais est-ce vraiment gratuit ? Le secret, comme toujours, n’est pas dans ce que vous voyez, mais dans ce à quoi vous renoncez. Le financement à 0% n’est pas un cadeau ; c’est un choix stratégique du fabricant qui est financé par une autre partie de la transaction : le prix du véhicule.

Voici comment ça fonctionne : pour pouvoir offrir un taux à 0%, le fabricant doit compenser la banque pour les intérêts qu’elle ne percevra pas. Cet argent vient de la marge bénéficiaire du véhicule. Par conséquent, lorsqu’une offre à 0% est disponible, le rabais au comptant, lui, disparaît. Vous êtes donc face à un choix : soit vous financez le plein prix du véhicule à 0%, soit vous payez « comptant » (ou avec un financement externe) et vous bénéficiez d’un rabais substantiel. Le « coût » du 0% est donc le coût d’opportunité, c’est-à-dire le rabais que vous avez sacrifié.
Une analyse du Guide de l’Auto illustre bien ce point : il n’est pas rare de voir un rabais de 5 000 $ typiquement offert sur un véhicule de 30 000 $ si vous choisissez de ne pas prendre le financement promotionnel. Dans ce cas, il est souvent plus avantageux de prendre le rabais de 5 000 $ et de financer les 25 000 $ restants avec votre banque, même à un taux de 5% ou 6%. Le coût total de votre crédit sera inférieur au prix payé avec le financement à 0%.
Le calcul doit être fait systématiquement. Le 0% peut être avantageux si le rabais offert en alternative est très faible, ou si la durée de financement est courte. Mais dans de nombreux cas, prendre le rabais et un financement bancaire standard vous fera économiser des milliers de dollars. Le F&I préfère souvent l’option 0% car elle maintient un montant financé plus élevé et peut donner lieu à des commissions plus intéressantes pour lui.
La prochaine fois qu’on vous proposera un taux à 0%, votre première question ne doit pas être « Quels sont les paiements mensuels ? », mais plutôt « Quel est le rabais si je finance avec ma propre banque ? ». C’est cette question qui révèle le véritable coût de l’offre.
Questions fréquentes sur le financement automobile au Québec
Pourquoi le taux peut-il changer après l’approbation initiale?
L’approbation rapide du concessionnaire est souvent conditionnelle. Le taux final dépend de la vérification manuelle et complète de votre dossier par un analyste de crédit à la banque (généralement le jour ouvrable suivant). Des éléments comme la confirmation de revenus ou des détails de votre dossier de crédit peuvent faire ajuster le taux à la hausse ou à la baisse.
Quelles plateformes utilisent les concessionnaires au Canada?
Les deux principales plateformes sont Dealertrack et RouteOne. Elles agissent comme des intermédiaires technologiques, connectant en temps réel un concessionnaire à un vaste réseau de prêteurs (grandes banques, institutions financières spécialisées, etc.), ce qui permet une soumission de crédit multiple et une réponse quasi instantanée.
Quelle est la différence entre une préapprobation bancaire et une approbation concessionnaire?
La préapprobation de votre banque verrouille un taux et un montant pour une période définie (ex: 30-90 jours) et est flexible, s’appliquant à l’achat de divers véhicules. L’approbation du concessionnaire est instantanée mais rigide : elle est valable uniquement pour le véhicule spécifique de la transaction et le taux n’est généralement garanti qu’à la livraison.
Le taux promotionnel est-il garanti si la livraison prend 6 mois?
En règle générale, non. Sauf si une clause de protection de taux est explicitement négociée et inscrite dans votre contrat de vente, le taux applicable sera celui en vigueur le jour de la livraison du véhicule. C’est un point crucial à clarifier et à faire écrire, surtout avec les longs délais actuels.
Pourquoi obtenir une préapprobation même si le concessionnaire finance?
C’est votre meilleur outil de négociation. Elle vous donne une base de comparaison solide pour évaluer l’offre du concessionnaire et une option de repli si les conditions proposées ne sont pas avantageuses ou changent à la dernière minute. Cela montre au F&I que vous n’êtes pas un client captif.