Publié le 20 novembre 2024

Investir 100% au Québec n’est pas un compromis, c’est une stratégie de surperformance si elle est exécutée avec une ingénierie de portefeuille locale.

  • L’économie québécoise possède des remparts structurels (énergie, rôle de la CDPQ) qui offrent une résilience supérieure en temps de crise.
  • Des leviers fiscaux uniques, comme les crédits d’impôt des fonds de travailleurs, peuvent amplifier le rendement annuel de façon spectaculaire.

Recommandation : Structurez votre patrimoine en combinant des placements à forte croissance dans votre CELI et des actifs générant des revenus imposables (FPI, dividendes) dans votre REER pour une efficacité fiscale maximale.

En tant qu’investisseur québécois, vous ressentez sans doute cette fierté, ce désir de voir notre économie locale prospérer. L’idée d’un portefeuille composé exclusivement de nos fleurons, de nos PME innovantes et de nos piliers industriels est séduisante. Mais souvent, cette ambition se heurte à une crainte légitime : est-ce que le patriotisme économique est compatible avec la performance ? Peut-on vraiment battre l’inflation en se limitant à notre propre marché ? Beaucoup vous diront de diversifier globalement, d’acheter des actions américaines ou des fonds internationaux, considérant un portefeuille 100% québécois comme une folie ou, au mieux, un placement de cœur plutôt que de raison.

Pourtant, cette vision passe à côté de l’essentiel. L’économie québécoise n’est pas un simple marché régional. C’est une véritable forteresse économique, dotée de caractéristiques uniques qui, si bien comprises, peuvent être transformées en un avantage concurrentiel majeur pour votre portefeuille. Les conseils génériques ignorent la puissance du « levier fiscal québécois », comme les crédits d’impôt massifs liés aux fonds de travailleurs, ou la stabilité conférée par nos secteurs non corrélés aux grands indices mondiaux. La vraie question n’est pas de savoir s’il faut investir au Québec, mais *comment* le faire de manière chirurgicale.

Cet article n’est pas un plaidoyer pour un investissement aveugle. C’est un plan de match stratégique. Nous allons déconstruire les mythes, analyser les mécanismes de surperformance propres à notre province et vous donner les outils pour bâtir un patrimoine 100% québécois qui n’a rien à envier aux portefeuilles mondiaux. Oubliez le patriotisme passif ; nous allons parler d’ingénierie de portefeuille locale et de rendements bien réels.

Pour vous guider dans cette démarche, nous explorerons les piliers d’une stratégie d’investissement purement québécoise, de la sélection des actifs à l’optimisation fiscale, en passant par la gestion des risques spécifiques à notre marché.

Pourquoi les actions québécoises résistent souvent mieux aux crises mondiales ?

L’idée qu’un marché plus petit est intrinsèquement plus risqué est une simplification excessive. La résilience de l’économie québécoise, notre « forteresse québécoise », ne tient pas du hasard mais de piliers structurels solides. Premièrement, notre mix industriel est unique, avec une forte présence dans des secteurs non cycliques comme l’hydroélectricité, l’intelligence artificielle et l’aérospatiale, qui dépendent de cycles d’innovation longs plutôt que de la consommation à court terme. Deuxièmement, nous avons un acteur institutionnel hors norme : la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Loin d’être un simple gestionnaire de fonds, la CDPQ agit comme un investisseur de « capital constructif ». Son double mandat, qui vise à la fois le rendement financier et le développement économique du Québec, crée un écosystème où les entreprises locales bénéficient d’un soutien stable et à long terme. En période de turbulence mondiale, lorsque les capitaux étrangers se retirent, la Caisse maintient le cap et continue d’investir dans nos champions. Cette présence stabilisatrice est un amortisseur de chocs que peu d’économies de notre taille possèdent. Le rapport annuel 2024 de la Caisse en est une preuve éclatante, affichant un rendement de 9,4% avec 473 milliards d’actifs nets malgré un contexte international difficile.

Cette approche proactive se voit sur le terrain. L’accompagnement stratégique offert à des entreprises comme Solotech ou Norda Stelo pour les aider à intégrer des pratiques durables et à se développer en Amérique du Nord n’est pas anecdotique. Il s’agit d’une stratégie délibérée visant à bâtir des leaders résilients, capables de performer au-delà de nos frontières. Investir au Québec, c’est donc miser sur un écosystème où la performance est soutenue par une vision à long terme, protégeant ainsi nos investissements des soubresauts des marchés mondiaux.

Comment réduire vos impôts de 30% grâce aux fonds de solidarité (FTQ/Fondaction) ?

Parler d’investissement au Québec sans aborder les fonds de travailleurs, c’est comme parler de Montréal sans mentionner le Plateau. C’est un élément central, et surtout, un formidable « levier fiscal québécois ». Le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction ne sont pas de simples fonds communs de placement. Ils offrent un avantage que vous ne trouverez nulle part ailleurs : un crédit d’impôt de 30%, soit 15% du gouvernement provincial et 15% du fédéral.

Concrètement, pour une cotisation annuelle maximale de 5 000 $, vous recevez immédiatement 1 500 $ en crédits d’impôt. Ce n’est pas une déduction, c’est un remboursement direct. Votre investissement de 5 000 $ ne vous coûte en réalité que 3 500 $. Le rendement de votre première année est donc, de facto, de plus de 42% (1500$ / 3500$) avant même que le fonds n’ait généré le moindre gain. C’est un avantage de départ colossal pour faire fructifier votre épargne, tout en finançant directement l’économie et les PME d’ici.

Visualisation des économies d'impôt avec les fonds de travailleurs québécois

La performance à long terme, une fois cet avantage fiscal inclus, devient encore plus impressionnante. Une analyse récente a démontré qu’en incluant les crédits d’impôt, le Fonds FTQ a généré un rendement composé annuel de 14,2% sur 10 ans. Pour maximiser cet outil, une stratégie s’impose :

  1. Cotisez le maximum de 5 000 $ chaque année, idéalement avant la date limite du 1er mars pour l’appliquer à l’année fiscale précédente.
  2. Utilisez la retenue sur le salaire pour automatiser l’épargne et la rendre indolore.
  3. Prenez le remboursement d’impôt de 1 500 $ et réinvestissez-le immédiatement, par exemple en maximisant votre cotisation CELI pour l’année suivante. C’est de l’argent « gratuit » qui travaille pour vous.
  4. Conservez vos placements jusqu’à la retraite pour éviter les pénalités de rachat anticipé et bénéficier pleinement de la croissance composée.

Cette approche simple transforme un bon placement en une machine à rendement, tout en soutenant directement des centaines d’entreprises québécoises.

Investir à Trois-Rivières ou à Montréal : où est le meilleur cashflow en 2024 ?

L’investissement immobilier est un pilier de nombreux portefeuilles québécois, mais l’approche « taille unique » est une recette pour la déception. Le marché immobilier de la Belle Province est un archipel de micro-marchés avec des dynamiques très différentes. La question n’est pas seulement « faut-il investir dans l’immobilier ? » mais « où se trouve le meilleur couple rendement/risque en ce moment ? ». Une comparaison entre Montréal et Trois-Rivières illustre parfaitement ce point.

Montréal, avec ses projets structurants comme le REM et ses technopoles, attire les investisseurs et soutient la valeur des propriétés. Cependant, cette attractivité a un coût : les prix sont élevés et la rentabilité (le cashflow) est souvent mince, voire négative au départ. En revanche, des marchés comme Trois-Rivières, au cœur de la Vallée de la transition énergétique, offrent une proposition de valeur très différente, comme le montre une analyse comparative récente.

Comparaison des marchés immobiliers Montréal vs Trois-Rivières
Critère Montréal Trois-Rivières
Prix moyen du plex 750 000 $ 425 000 $
Ratio prix/loyer 22 16
Taux d’inoccupation 3,1 % 1,7 %
Projets structurants REM, technopoles Vallée transition énergétique

Le tableau est sans équivoque. À Trois-Rivières, le ratio prix/loyer est nettement plus favorable (16 contre 22), ce qui signifie que les loyers couvrent une plus grande partie de l’hypothèque et des frais, générant un meilleur cashflow. Le taux d’inoccupation y est également plus bas, signalant un marché locatif très tendu. Alors que Montréal offre un potentiel d’appréciation du capital plus élevé à long terme, Trois-Rivières est la championne du rendement locatif immédiat. Cette analyse est soutenue par des observations plus larges sur notre économie. Comme le souligne la Chaire de macroéconomie et prévisions dans sa note sur le risque de récession au Québec :

Le marché de l’emploi québécois demeure significativement plus tendu qu’attendu, avec un taux de chômage projeté inférieur à la moyenne historique de 9,3% jusqu’en 2025, suggérant une demande locative soutenue dans les centres urbains.

– Chaire de macroéconomie et prévisions, Note sur le risque de récession au Québec

Le choix dépend donc de votre stratégie : visez-vous le gain en capital à long terme (Montréal) ou le cashflow mensuel et la stabilité (Trois-Rivières) ? L’ingénierie de portefeuille locale consiste précisément à faire ces arbitrages éclairés.

L’erreur de « biais local » qui a ruiné les portefeuilles lors du déclin de Nortel

La fierté de soutenir l’économie locale peut parfois aveugler l’investisseur. Le plus grand danger d’un portefeuille 100% québécois n’est pas le manque d’opportunités, mais la surconcentration. C’est ce qu’on appelle le « biais local ». L’histoire de Nortel est une cicatrice douloureuse pour de nombreux investisseurs canadiens, mais l’avertissement reste pertinent pour nous au Québec. Mettre tous ses œufs dans le même panier, même si ce panier est un fleuron local, est une erreur stratégique monumentale.

Nul besoin de remonter si loin. L’histoire récente de SNC-Lavalin (maintenant AtkinsRéalis), qui a vu sa valeur chuter de 75% entre 2018 et 2023, nous rappelle brutalement que même les géants peuvent trébucher. Un portefeuille qui aurait été massivement surexposé à ce seul titre aurait été dévasté. La solution n’est pas de fuir les actions québécoises, mais d’appliquer les mêmes règles de diversification rigoureuse à l’intérieur de notre propre marché. La CDPQ elle-même, bien que son mandat soit local, maintient une exposition équilibrée en diversifiant ses 473 milliards d’actifs dans les marchés mondiaux, le private equity, l’infrastructure et l’immobilier. Son exposition québécoise est importante, mais jamais monolithique.

Pour l’investisseur individuel, l’antidote au biais local est une discipline de fer. Il s’agit de construire un portefeuille d’actions québécoises qui soit lui-même diversifié. Cela signifie investir dans des secteurs non corrélés : des banques (Banque Nationale, Desjardins) aux détaillants (Couche-Tard, Metro), en passant par la technologie (CGI) et les FPI. La diversification ne se fait pas en achetant 20 titres technologiques, mais en sélectionnant des entreprises dont les modèles d’affaires réagissent différemment aux cycles économiques.

Votre plan d’action : La règle du 5/25 pour un portefeuille québécois équilibré

  1. Allocation par titre : Vérifiez qu’aucune action québécoise individuelle ne représente plus de 5% de la valeur totale de votre portefeuille.
  2. Allocation totale : Assurez-vous que votre exposition totale aux actions québécoises directes ne dépasse pas 25% de votre patrimoine global (le reste pouvant être en FPI québécois, obligations du Québec, etc.).
  3. Diversification sectorielle : Listez vos actions par secteur (finance, consommation, technologie, etc.). Y a-t-il une surconcentration ? Identifiez les secteurs manquants pour combler les trous.
  4. Rééquilibrage : Planifiez une revue annuelle. Si un titre a fortement performé et dépasse la règle des 5%, prenez des profits pour revenir à votre cible.
  5. Simplicité : Si la gestion de titres individuels est complexe, évaluez l’utilisation d’un FNB (Fonds Négocié en Bourse) québécois pour obtenir une diversification instantanée.

Quand acheter des actions québécoises : faut-il attendre la saison des dividendes ?

Le « market timing », ou l’art de vouloir acheter au plus bas et vendre au plus haut, est le chant des sirènes pour de nombreux investisseurs. Une croyance populaire tenace veut qu’il y ait des « saisons » pour investir, notamment juste avant le versement des dividendes pour les capturer. Si l’idée est séduisante, la réalité de la performance au Québec, comme ailleurs, démontre que la constance bat presque toujours la spéculation.

Calendrier saisonnier d'investissement avec symboles économiques québécois

Tenter de synchroniser ses achats avec le cycle des dividendes est souvent un jeu de dupes. Le prix d’une action s’ajuste généralement à la baisse du montant du dividende versé (le détachement du dividende). Essayer de « timer » le marché pour quelques dollars de dividendes est une distraction qui fait perdre de vue l’objectif principal : l’accumulation de capital à long terme. L’exemple du Fonds FTQ est à ce titre éloquent : avec un rendement solide sur le long terme (7,3% annualisé sur 10 ans), sa performance provient de la croissance de ses actifs et non de tentatives de synchronisation. L’investissement régulier, notamment via la retenue salariale, permet de lisser les points d’entrée et de profiter de la croissance sur la durée, peu importe la saison.

La véritable stratégie gagnante réside dans l’identification des « dividendes d’ici » qui sont non seulement fiables, mais croissants. Le Québec abrite plusieurs « aristocrates du dividende », des entreprises qui ont augmenté leur distribution pendant plus de 10 ans consécutifs. Des noms comme Metro, CGI et Énergir sont des exemples de sociétés solides dont la politique de dividende récompense les actionnaires fidèles, peu importe le moment de leur achat initial. S’attacher à la qualité de l’entreprise et à sa capacité à générer des flux de trésorerie croissants est bien plus rentable que de se perdre dans l’analyse des calendriers de distribution.

CELI ou REER : quel compte prioriser pour vos placements à haut rendement ?

Posséder les bons actifs québécois est une chose, les loger dans le bon compte en est une autre. L’optimisation fiscale est une composante essentielle de l’ingénierie de portefeuille. Le choix entre le Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) et le Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) n’est pas anodin et dépend de la nature de l’actif que vous y placez. Chaque compte a ses forces, et les utiliser à bon escient peut faire une différence de plusieurs milliers de dollars sur le long terme.

La règle d’or est simple : on cherche à minimiser l’impôt sur la croissance la plus forte et à reporter l’impôt sur les revenus les plus lourdement taxés. Le CELI est un paradis fiscal pour la croissance du capital, car tous les retraits sont non imposables. C’est donc le véhicule idéal pour les actions de croissance québécoises qui ne versent pas ou peu de dividendes. Le REER, lui, offre une déduction fiscale immédiate et un report d’impôt jusqu’au retrait. Il est parfait pour les placements qui génèrent des revenus hautement imposables, comme les dividendes élevés ou les distributions de FPI (Fonds de Placement Immobilier).

Pour un résident québécois, la stratégie devient encore plus pointue avec des produits comme les fonds de travailleurs ou les obligations locales.

Matrice d’optimisation fiscale québécoise CELI vs REER
Type d’actif Compte optimal Raison fiscale
Actions croissance sans dividende CELI Gain en capital non imposé à la sortie
Actions à dividendes élevés REER Report d’impôt sur dividendes imposables
FPI québécois REER Distributions hautement imposables
Fonds FTQ/Fondaction REER+ 30% crédit d’impôt + déduction REER
Obligations du Québec Non-enregistré (si revenu < 55k$) Crédit pour dividende déterminé avantageux

La combinaison REER et Fonds FTQ est particulièrement puissante. En plus du crédit de 30%, la cotisation génère une déduction REER. Pour un contribuable avec un revenu de 80 000 $, une cotisation de 5 000 $ au Fonds FTQ dans un REER peut générer une économie d’impôt totale de près de 60% la première année. Une simulation pour un investissement en actions de la Banque Nationale montre bien l’arbitrage : dans un CELI, la croissance est libre d’impôt (idéal long terme) ; dans un REER, l’économie d’impôt est immédiate (idéal pour réduire son revenu imposable actuel). La meilleure stratégie consiste souvent à utiliser les deux comptes de manière complémentaire.

Conseiller indépendant ou vendeur de banque : qui travaille vraiment pour vous ?

Bâtir un portefeuille performant est une tâche complexe. Il est naturel de chercher de l’aide. Cependant, au Québec comme ailleurs, tous les conseillers ne sont pas créés égaux. La distinction la plus importante à faire est celle entre un vendeur de produits financiers affilié à une banque et un conseiller ou un planificateur financier véritablement indépendant. Le premier a une obligation de loyauté envers son employeur (la banque), tandis que le second devrait avoir une obligation fiduciaire envers vous, son client.

Un conseiller bancaire vous proposera quasi exclusivement les fonds communs de placement et les produits de sa propre institution. Ces produits sont souvent plus chers (frais de gestion élevés) et ne sont pas nécessairement les meilleurs sur le marché. Un conseiller indépendant, rémunéré à honoraires plutôt qu’à commissions, a la liberté de piocher parmi les meilleurs produits de toutes les institutions pour construire une solution sur mesure, alignée sur vos objectifs et non sur ses cibles de vente. Il peut vous aider à intégrer des FNB à faible coût, des actions de PME locales ou des stratégies plus sophistiquées.

L’indépendance est la clé. Un vrai partenaire financier travaillera pour vous et non pour une institution. Il vous aidera à naviguer la complexité, à éviter le biais local et à optimiser votre fiscalité. Pour vous assurer que votre interlocuteur a bien vos intérêts à cœur, il est impératif de lui poser les bonnes questions avant de vous engager. Cette diligence raisonnable est la meilleure protection pour votre patrimoine.

Checklist de l’investisseur québécois averti : 5 questions pour auditer votre conseiller

  1. Qualifications : « Détenez-vous un permis de Planificateur Financier (Pl.Fin.) de l’IQPF ? » Ce titre exige des standards éthiques plus élevés que le simple permis de l’AMF.
  2. Rémunération : « Votre rémunération est-elle à base d’honoraires fixes, d’un pourcentage des actifs gérés, ou de commissions sur les produits que vous vendez ? » Privilégiez les deux premiers modes.
  3. Obligation légale : « Avez-vous une obligation fiduciaire écrite de placer mes intérêts avant les vôtres et ceux de votre firme ? » La réponse doit être un « oui » sans hésitation.
  4. Architecture ouverte : « Pouvez-vous me recommander des produits de n’importe quelle institution financière ou êtes-vous limité à une gamme maison ? » L’indépendance requiert un accès à tout le marché.
  5. Mesure du succès : « Comment mesurez-vous le succès ? En fonction de la performance de mes placements par rapport à un indice de référence, ou par l’atteinte de mes objectifs financiers personnels ? » La bonne réponse est la seconde.

À retenir

  • La résilience économique du Québec repose sur des piliers structurels comme le secteur de l’énergie et le rôle stabilisateur de la CDPQ.
  • Les crédits d’impôt des fonds de travailleurs (FTQ/Fondaction) sont un levier de performance unique, offrant un rendement initial de plus de 40% sur le capital net investi.
  • La diversification au sein même du marché québécois (par secteurs et par titres) est l’antidote le plus efficace contre le risque de surconcentration (biais local).

Comment structurer un patrimoine qui survit à une récession économique ?

Même si les prévisions actuelles pour le Québec sont relativement optimistes, avec une croissance du PIB projetée à 1,4% en 2024 et 1,9% en 2025, un investisseur prudent se prépare toujours au pire. Construire un portefeuille québécois capable de traverser une récession ne signifie pas tout vendre pour se réfugier dans le comptant. Cela implique d’adopter une structure de portefeuille intentionnelle, comme la stratégie « Barbell » (ou haltère), adaptée à notre contexte local.

Cette stratégie consiste à concentrer son portefeuille sur deux extrêmes, en évitant le milieu. D’un côté, une part très importante (ex: 85%) est allouée à des actifs extrêmement sécuritaires et stables. De l’autre, une petite partie (ex: 15%) est consacrée à des placements à très haut risque et à fort potentiel de croissance. La CDPQ elle-même applique une version de cette approche, en combinant des milliards en actifs à faible empreinte carbone (sécuritaires) avec des investissements en capital de risque. Pour un investisseur particulier, une version québécoise pourrait ressembler à : 85% en obligations du Québec et CPG Desjardins, et 15% en capital de risque local ou en actions de PME technologiques. En cas de récession, la partie sécuritaire préserve le capital, tandis que la petite partie risquée conserve un potentiel de croissance explosive en cas de reprise.

Une autre approche, complémentaire, consiste à construire des « paniers thématiques anti-récession » avec des fleurons québécois dont les revenus sont peu affectés par les cycles économiques.

Paniers thématiques québécois anti-récession
Panier Composition Rôle en récession
Besoins Essentiels Couche-Tard 40%, Metro 40%, Kruger 20% Demande inélastique, revenus stables
Gouvernement & Infrastructures CGI 35%, SNC-Lavalin (AtkinsRéalis) 30%, WSP Global 35% Contrats gouvernementaux contra-cycliques
Santé & Vieillissement FPI résidences aînés 50%, Chartwell 30%, services domicile 20% Démographie favorable, demande croissante

Ces paniers ne sont pas des recommandations d’achat, mais des exemples de réflexion stratégique. Combiner des entreprises de consommation de base, des firmes qui dépendent de contrats gouvernementaux et des sociétés exposées à la démographie vieillissante permet de construire un noyau de portefeuille résilient. L’ingénierie de portefeuille locale, c’est l’art de combiner ces stratégies pour créer un patrimoine qui non seulement survit, mais peut même prospérer durant les périodes difficiles.

En définitive, assembler un portefeuille 100% québécois est loin d’être un simple geste de fierté. C’est une démarche stratégique qui, menée avec rigueur et expertise, peut générer des rendements solides et durables. Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à évaluer votre situation actuelle et à définir un plan d’action personnalisé.

Questions fréquentes sur l’investissement au Québec

Quelle est la différence entre l’AMF et l’IQPF au Québec ?

L’AMF (Autorité des marchés financiers) est le régulateur qui délivre les permis d’exercice pour les professionnels de la finance. L’IQPF (Institut québécois de planification financière) est l’organisme qui décerne le titre de Planificateur Financier (Pl.Fin.), imposant des standards de compétence et d’éthique plus élevés et une obligation de formation continue rigoureuse.

Les robo-advisors peuvent-ils gérer un portefeuille avec biais québécois ?

La plupart des robo-advisors, comme Wealthsimple, permettent d’investir dans des FNB qui suivent les grands indices canadiens, mais n’offrent pas, à ce jour, de portefeuille spécifiquement et exclusivement québécois. Une stratégie hybride est souvent nécessaire : utiliser un robo-advisor pour la base diversifiée et gérer soi-même ou via un conseiller une poche dédiée aux titres québécois directs.

Comment vérifier l’indépendance réelle d’un conseiller ?

La meilleure façon est de consulter le registre des inscrits de l’AMF en ligne. Vous pourrez y voir toutes les affiliations d’un professionnel. Un conseiller véritablement indépendant sera généralement inscrit en tant que « conseiller en placement » ou « gestionnaire de portefeuille » auprès d’un cabinet indépendant, sans lien direct avec une banque ou une compagnie d’assurance.

Rédigé par Sophie Gagnon, Planificatrice financière (Pl. Fin.) diplômée de l'IQPF, spécialisée en gestion de patrimoine et optimisation fiscale pour les particuliers et entrepreneurs. Experte en véhicules de placement québécois (Fonds de solidarité) et stratégies de retraite.